Un acheteur étranger signe un compromis pour un riad dans la médina de Marrakech, verse un acompte, puis découvre que le bien n’a pas de titre foncier enregistré à la Conservation foncière. La vente est bloquée pendant des mois. Ce scénario se répète régulièrement, et il illustre la première question à régler avant même de négocier un prix : quel régime juridique couvre le bien visé.
Titre foncier ou melkia : le statut juridique du riad à vérifier en premier
Au Maroc, deux régimes de propriété coexistent. Le régime immatriculé repose sur un titre foncier délivré par l’Agence nationale de la conservation foncière (ANCFCC). Ce titre garantit le droit de propriété de manière définitive et opposable aux tiers.
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Le régime non immatriculé, dit melkia, fonctionne sur la base d’actes adoulaires (rédigés par des notaires traditionnels). La melkia atteste d’une possession, mais elle ne confère pas la même sécurité juridique qu’un titre foncier. Dans la médina de Marrakech, une part significative des riads relève encore de ce régime.
Pour un acheteur étranger, l’immatriculation du bien est une condition préalable à toute transaction sécurisée. Si le riad n’est pas immatriculé, on peut lancer une procédure d’immatriculation, mais elle prend du temps et suppose de réunir les actes adoulaires successifs prouvant la chaîne de propriété. Certains riads ont changé de mains plusieurs fois sans formalisation, ce qui complique la reconstitution.
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Droits de propriété des étrangers au Maroc : ce que la loi autorise et interdit
Un ressortissant étranger peut acheter un bien immobilier au Maroc, y compris un riad à Marrakech. La loi marocaine ne pose pas d’interdiction de principe sur l’acquisition par des non-résidents. En revanche, deux restrictions majeures encadrent ce droit.
Terres agricoles : une interdiction stricte
Les étrangers ne peuvent pas acquérir de terres à vocation agricole. Si un riad dispose d’un terrain classé agricole en périphérie de la médina, cette partie du bien ne peut pas figurer dans l’acte de vente au profit d’un non-Marocain. La distinction entre terrain urbain et terrain agricole se vérifie auprès de la commune et de la conservation foncière.
Autorisation préalable du gouverneur
Toute acquisition immobilière par un étranger nécessite une autorisation de la part du gouverneur de la province. Cette formalité administrative intervient après la signature du compromis de vente. Le notaire transmet le dossier, et le délai d’obtention varie selon les cas. On constate que les délais fluctuent de quelques semaines à plusieurs mois selon la complexité du dossier et la charge administrative locale.
Sans cette autorisation, la vente ne peut pas être finalisée devant le notaire. C’est un point que les acheteurs sous-estiment souvent, notamment ceux qui envisagent un investissement locatif rapide.
Rôle du notaire et vérifications juridiques lors de l’achat d’un riad
Le notaire (au sens du notariat moderne marocain) joue un rôle central dans la sécurisation de la transaction. Son intervention va bien au-delà de la rédaction de l’acte de vente.
- Vérification du titre foncier et de l’absence d’hypothèques, de saisies ou de servitudes inscrites sur le bien
- Contrôle de la conformité urbanistique du riad (permis de construire pour les travaux réalisés, certificat de conformité)
- Vérification de l’identité du vendeur et de sa capacité juridique à vendre, notamment en cas d’indivision familiale
- Collecte et versement des droits d’enregistrement et des frais de conservation foncière
L’indivision est un piège fréquent dans la médina de Marrakech. Un riad peut appartenir à plusieurs héritiers, dont certains résident à l’étranger ou contestent la vente. Acheter un riad en indivision sans l’accord de tous les copropriétaires expose à une annulation de la vente. Le notaire doit obtenir le consentement écrit de chaque indivisaire avant de procéder.
Frais et fiscalité sur l’achat immobilier à Marrakech
Au-delà du prix d’achat, plusieurs frais viennent s’ajouter. Les droits d’enregistrement, les honoraires du notaire, les frais de conservation foncière et éventuellement les frais liés à l’immatriculation si elle n’existait pas constituent le coût global de la transaction.
Les droits d’enregistrement représentent une part notable du montant total. Les honoraires notariaux sont encadrés par un barème. On recommande de demander au notaire un décompte prévisionnel complet avant de signer le compromis, pour éviter les mauvaises surprises sur le budget final.
Rapatriement des fonds et régime de change
L’Office des changes marocain encadre les opérations en devises. Pour qu’un investisseur étranger puisse rapatrier le produit d’une éventuelle revente ou les revenus locatifs, le financement initial doit avoir transité par le circuit bancaire officiel en devises. Le notaire établit une attestation de paiement en devises, et la banque marocaine ouvre un compte en dirhams convertibles.
Si le paiement initial ne passe pas par ce circuit, le rapatriement ultérieur des fonds devient très compliqué, voire impossible. C’est une contrainte que les acheteurs qui financent en liquide ou par des circuits informels découvrent trop tard.

Riad en vente à Marrakech : les pièges concrets à anticiper avant de signer
Le marché des riads dans la médina de Marrakech attire des acheteurs du monde entier, mais plusieurs situations récurrentes méritent une vigilance particulière.
- Un riad présenté comme « titré » alors que seule une demande d’immatriculation a été déposée, sans aboutissement
- Des travaux de rénovation réalisés sans permis de construire, exposant l’acheteur à des sanctions ou à une obligation de remise en état
- Un bien classé ou situé dans une zone patrimoniale protégée, ce qui impose des contraintes de rénovation spécifiques et des autorisations du ministère de la Culture
- Une promesse de rendement locatif basée sur des chiffres non vérifiables, sans tenir compte de la saisonnalité touristique de Marrakech
Sur la question du classement patrimonial, les retours varient selon les quartiers de la médina. Certains secteurs imposent des matériaux traditionnels (tadelakt, zelliges) et interdisent les modifications de façade, ce qui augmente le coût des travaux.
L’achat d’un riad à Marrakech reste accessible aux étrangers, mais chaque étape juridique conditionne la suivante. Vérifier le titre foncier, obtenir l’autorisation du gouverneur et passer par le circuit bancaire en devises sont les trois étapes non négociables. Un notaire spécialisé dans les transactions avec des non-résidents permet de sécuriser le processus et d’éviter les blocages qui transforment un projet d’investissement en contentieux.

