Le bailleur n’a pas les mains libres pour mettre un terme à un bail du jour au lendemain. C’est la loi qui fixe les règles du jeu : pour qu’un propriétaire mette fin à un bail, il doit attendre l’échéance du contrat, sauf si le locataire a commis une faute sérieuse. Le temps de préavis varie selon la nature du logement : trois mois pour un meublé, six mois pour un logement vide.
Les marges de manœuvre du propriétaire se résument à trois situations : récupérer le logement afin d’y vivre ou d’y installer un proche, vendre le bien, ou invoquer un motif légitime et sérieux. Les membres de la famille concernés vont du conjoint à l’enfant, en passant par le parent ou le partenaire de PACS. Concernant la vente, le congé doit être parfaitement motivé et formalisé.
Procédure à suivre pour signifier un congé
Le formalisme règne : pour être valable, le congé passe obligatoirement par une lettre recommandée avec accusé de réception, une remise en main propre contre récépissé ou un acte d’huissier. Oublier ces canaux, c’est courir au faux bond légal.
Congé « vente » : des obligations précises
Le propriétaire souhaitant vendre doit adresser au locataire un courrier spécifiant clairement l’intention de vendre, le prix et toutes les conditions. L’offre décrira le bien, mais indiquer la superficie ou joindre des diagnostics n’est pas strictement requis à ce stade ; inutile aussi d’inclure règlement de copropriété ou annexes. Le texte du congé doit reprendre les premiers articles légaux prévus dans la loi du 6 juillet 1989.
Le locataire bénéficie alors d’un droit de préemption valable deux mois à compter de la réception de l’offre :
- En cas de refus ou de silence, l’offre s’éteint simplement.
- En cas d’accord, la vente doit être signée dans les deux mois (portés à quatre si recours à un prêt hypothécaire).
Si finalement le prix baisse ou que de meilleures conditions sont proposées à un tiers, le propriétaire doit réitérer une offre au locataire, même après son départ. Ce nouveau délai court sur un mois. Exception : aucune offre n’est due si la vente s’adresse à un proche jusqu’au troisième degré de parenté (enfant, parent, frère, sœur, oncle, tante, neveu, nièce).
Mettre fin au bail pour habiter le logement
Résilier pour reprendre le bien à son usage, ou pour celui d’un proche, n’est possible qu’au profit de la liste très précise fixée par la loi. Sont concernés : le bailleur lui-même, son conjoint, un partenaire de PACS ou un compagnon depuis au moins un an, les ascendants et descendants (et ceux du conjoint ou partenaire).
- Conjoint, partenaire de PACS, compagnon reconnu depuis un an
- Parents, grands-parents (ascendants)
- Enfants ou petits-enfants (descendants)
- Descendants du partenaire, conjoint ou du partenaire de PACS
Le courrier doit indiquer l’identité et l’adresse de la personne qui intégrera le bien, faute de quoi le congé risque la nullité. Cette personne s’engage à y établir sa résidence principale. En indivision, chaque propriétaire peut exercer ce droit pour lui ou un proche ; si le bien est démembré, c’est à l’usufruitier de le faire valoir.
Congé pour motif légitime et sérieux
Si le locataire dérape, le bailleur peut s’appuyer sur un motif légitime et sérieux. Quelques exemples concrets :
- Retards à répétition dans le paiement du loyer
- Comportement nuisible, agressif ou dégradant envers le voisinage
- Absence d’occupation à titre de résidence principale
- Sous-location interdite
- Transformation du logement sans accord écrit du propriétaire
Le bail s’arrête donc à la fin prévue, sauf clause résolutoire dans le contrat qui peut conduire à une sortie anticipée en cas d’impayé.
À retenir : la notion de « motif légitime et sérieux » ne s’arrête pas aux seuls manquements du locataire. Face à une situation vraiment exceptionnelle comme une expropriation, le juge peut l’admettre.
Focus sur les locataires protégés
Certaines personnes ne peuvent tout simplement pas être évincées :
- Les locataires de plus de 65 ans dont les revenus ne dépassent pas le plafond du prêt locatif à usage social (PLUS)
- Ou ceux hébergeant une personne de plus de 65 ans à charge, si le seuil de ressources n’est pas dépassé
Seule parade pour le bailleur : avoir lui-même au moins 65 ans, des ressources inférieures au seuil ou proposer une solution de relogement jugée convenable dans la même zone.
Résiliation d’un bail côté propriétaire : méthode et garde-fous
La rupture du contrat côté bailleur n’admet ni raccourci ni improvisation. Impossible d’arrêter le bail avant son terme : il faudra patiemment attendre l’échéance du contrat et déclencher le préavis de six mois (location nue) ou trois mois (meublée). Ce préavis doit être notifié formellement, faute de quoi le congé peut être contesté et la procédure remise à zéro.
En pratique, seuls trois leviers existent :
- Récupération pour occuper le bien soi-même ou pour un proche désigné
- Vente du bien, avec proposition claire à l’occupant
- Motif légitime et sérieux, comme évoqué plus haut
Mentir sur les motifs ou détourner l’usage expose à de lourdes sanctions judiciaires. Et pour tout bien conventionné (Anah, APL), seul un motif légitime et sérieux reste valable.
Notification du congé et mentions obligatoires
Impossible de faire l’impasse sur la forme : lettre recommandée, remise en main propre ou acte d’huissier, le motif doit toujours figurer dans la lettre. D’autres modes d’envoi ne sont pas recevables.
Selon la raison du congé, la lettre doit spécifier :
- En cas de reprise : nom, adresse et lien de parenté avec le bénéficiaire
- Pour une vente : tous les détails vus précédemment
- En cas de motif légitime et sérieux : explication claire du contexte ou du manquement reproché
Pour un logement vide, le locataire doit être prévenu au moins six mois avant l’échéance ; pour un meublé, trois mois suffisent. Dès réception, le locataire peut quitter les lieux à tout moment en ne réglant que pour sa période d’occupation réelle.
Délais particuliers lors de l’achat d’un logement loué
Acheter un bien déjà loué ne donne pas d’emblée la main pour donner congé. Quelques situations à connaître :
- Pour la reprise : si le terme du bail survient dans moins de deux ans, il faudra patienter jusqu’à ce délai. Au-delà, on attend l’échéance prévue.
- Pour la vente : il faut attendre trois ans (ou le premier renouvellement si ce délai intervient plus tôt) pour signifier la vente au locataire.
Le congé pour vente doit impérativement détailler prix, conditions, description et reprendre les mentions imposées par la loi. Deux mois sont laissés au locataire pour se prononcer. Un refus de la banque lors d’une tentative d’achat met un terme au droit de priorité.
Mettre fin pour motif légitime et sérieux : le juge en arbitre
La résiliation pour cause grave passe la rampe si elle s’appuie sur un écart réel du locataire (impayés, troubles de voisinage, sous-location interdite, etc.). Si le locataire conteste, seul un passage devant le juge tranchera le litige.
Activation de la clause résolutoire
Le bail peut inclure une clause résolutoire prévoyant la rupture automatique pour non-paiement du loyer, des charges, du dépôt de garantie, ou défaut d’assurance habitation. En cas de manquement constaté, un commandement de payer par huissier ouvre un délai de deux mois au locataire pour régulariser, faute de quoi le bail se termine d’office.
Les conditions pour exiger le départ du locataire
Un propriétaire ne pourra pas précipiter la sortie de son locataire en dehors de l’expiration du bail, sauf faute grave. Le préavis reste fixé : six mois pour un logement vide, trois pour un meublé. Les trois scénarios valides demeurent : reprise pour usage personnel ou familial, vente, ou justificatif sérieux.
L’information au locataire exige la lettre recommandée ou l’acte d’huissier, sans raccourci numérique. Tout départ prématuré côté locataire l’exonère du loyer au-delà de la période réellement occupée. Face à un refus de quitter les lieux, la justice devient l’ultime recours.
Vendre un logement occupé : mode d’emploi précis
Le congé de vente doit détailler le motif, le prix, toutes les conditions, la description du bien, les mentions obligatoires ainsi que l’avis d’information sur les droits et recours du locataire. Deux mois de réflexion sont laissés ; une proposition plus avantageuse à un autre acheteur oblige à une nouvelle offre prioritaire d’un mois au locataire.
Résilier le bail pour reprise du logement
Pour résilier pour raison d’occupation, il faudra indiquer précisément le motif, l’identité et l’adresse du bénéficiaire, la nature de la relation et fournir l’avis d’information réglementaire, qui existe depuis 2018. La réalité du projet d’habitation doit pouvoir être facilement prouvée.
Congé pour motif légitime et sérieux : comment faire ?
La lettre de notification explique dans le détail les faits reprochés (retards de paiement, nuisances, sous-location interdite…). Le juge se prononce au cas par cas, sur la base des preuves réunies.
Pendant le bail : rupture anticipée strictement encadrée
Résilier « en cours de route » n’est possible qu’en cas de manquement du locataire : après un commandement de payer resté sans effet ou un défaut d’assurance, la clause résolutoire peut être activée. Le locataire dispose alors de deux mois pour se régulariser ou demander un report au tribunal.
Surprotection : locataires « fragiles »
Plus de 65 ans et revenus modestes ? Ce profil ne peut être congédié, sauf proposition d’un relogement adapté dans un rayon de cinq kilomètres. Ce bouclier vaut aussi pour le locataire hébergeant une personne de plus de 65 ans avec les mêmes ressources limitées.
Dans trois situations, le bailleur peut quand même donner congé à ces profils : il a lui-même plus de 65 ans, des revenus inférieurs au seuil, ou propose un logement de remplacement correspondant aux besoins et proche géographiquement.
Gérer un bail, c’est aussi poser un cadre clair, sans jamais brusquer l’équilibre. De la notification jusqu’au terme du préavis, tout se joue sur la rigueur de la procédure : chaque étape est décisive. Un congé bâclé ou un motif mal ficelé, et le dossier peut vous exploser entre les mains. Un bail clôturé dans les règles, c’est une séparation nette, sans heurts, le chemin est tracé, il n’y a plus qu’à avancer.

